Le Port de Barcarès : lieu de Partage et d'Echanges
Le Port de Barcarès a réussi à conserver, animer et mettre en valeur son patrimoine maritime, allant des sentiers et des promenades qui serpentent entre mer et étang au musée vivant des barques catalanes et containers de street art, dressés tels le Colosse de Rhode pour le protéger.
Il est le moyen pour les habitants, les collectivités , pécheurs, plaisanciers et touristes de s’approprier, de partager et de prendre en charge le patrimoine matériel (barques, barracas ou casots) et immatériel tel que la navigation sous voile latine.
La connaissance et la mise en valeur du patrimoine créent un lien social de premier ordre et révèlent les identités locales, en mobilisant, en rassemblant les acteurs et en créant de l’engagement citoyen.
La Genèse : 500 ans
Dès le 16ème siècle, quelques familles Laurentines sont venues s’installer près de l'embouchure de l'Agly et le long de la bande de sable entre étang et mer pour y vivre de la pêche. Les bateaux sont hissés à la force des bras sur le sable en glissant des pals en bois sous les coques.
Au fil du temps, ces marins pécheurs s’organisent. Ils finissent même par construire leurs propres bateaux. De petits chantiers navals (Calvet,...) voient le jour. La vie s'organise petit à petit en société autour de son église (ancien hangar à bateaux) et de son phare.
Seul endroit à avoir une activité maritime indépendante de leur village natal, plus centré sur la culture des terres, le village de Barcarès obtient son indépendance en 1929.
Le Grau St Ange n'était alors qu'un passage entre l'étang et la mer et délimitant la fin de la terre "ferme" de cette longue bande sable, peuplée de quelques casots seulement et infestée de moustiques.
Sur la carte de Cassini (18ème siècle), apparaît l'appellation "Port de Barques avant que la forme catalane El Barcarés soit attestée en 1866. Sur celle de 1950, les emplacements du village et des barracas des pêcheurs sont également identifiés.
Le Port du Grau Saint Ange : 50 ans déjà
Il faudra attendre les années 1960 d'abord pour construire le pont entre la terre "ferme" et la bande de sable entre étang e mer avant de progressivement dans les années 1970 aménager le grau St Ange en port de pêche et de plaisance dans le cadre de la mission Racine de développement du tourisme sur la côte languedocienne.
La tradition maritime du Barcarès illustrée par les barques catalanes côtoie les bateaux de plaisance.
L'industrialisation de la pêche, en partie sous l'impulsion du retour des français d'Algérie, signera la fin de pêche artisanale avec les barques catalanes, abandonnées sur les plages.
Perpétuer et Transmettre le savoir-faire : les barques catalanes et les casots
Dans le cadre du programme national de "Bateaux d'Intérêt Patrimonial" (BIP) et avec la volonté de perpétuer la culture catalane, la mairie de Barcarès a mis en place une politique de rachat, rénovation et entretien de barques catalanes laissées à l'abandon. Au Barcarès, 4 barques sont classifiées en "BIP" (Flor De Sorral, Trip I Trap, l'Espérance, Idéal).
Les petits chantiers navals comme Calvet au Barcarès (constructeur en 1928 de la sardinal Flor Del Sal) ayant disparu, le flambeau de la réparation a été repris par l'association Bonança (installé dans un canot au bord de l'étang) ou le chantier naval du Canet Bernadou., selon l'ampleur des travaux.
Les casots dont 2 sont protégés et classés aux Monuments Historiques (Canal et Cabrol), sont le signe tangible de l'usage ancestral des lieux et de la sociabilité qui l'accompagne. Si les bois flottés en constituaient l’armature, les « sanills », roseaux qui poussaient à l’époque abondamment au bord de l’étang, faciles à travailler, souples, étanches, gratuits et abondants étaient utilisés pour la réalisation des murs et du toit.
Au village des pêcheurs constitué de casots, attenant au port, des ateliers et conférences animés par d'anciens pêcheurs font revivre les gestes, les récits et les savoir-faire d'autrefois. Ces rencontres intergénérationnelles participent pleinement à la préservation de l'histoire du Barcarès.
Une fois remises en état, ls baraques sont exposées dans le port de pêche et mises entre les mains de l'association Barques Catalanes en charge de leur entretien courant et de perpétuer la tradition de la voile latine auprès du public, touristes et lors des grands événements maritimes tels Sète ou Port-Vendres.
Fière de ses traditions
La commune de Barcarès représente la frontière Nord de la Catalogne. Les Fêtes de la Saint Jean et de l'Assomption sont deux événements forts qui rappellent d'une part sa catalanité et d'autre part que la mer est au coeur d'une histoire collective, un espace de travail et une mémoire profondément ancrée dans la commune.
La fête du solstice d'Eté (23 Juin) avec l'arrivée de la flamme du Canigou jusqu'au port par les barques catalanes, traduit l'appartenance de Barcarés à la Catalogne, celle, religieuse, du 15 Août rend hommage aux marins disparus.
Ces fêtes sont aussi une communion intergénérationnelle et permettent de transmettre cet héritage aux nouvelles générations comme aux vacanciers.
Les couleurs des bâtiments et des fanions du port de pêche sont là pour rappeler l'appartenance à la Catalogne du Barcarès.
L'histoire continue
Le soleil se couche à l'horizon mais l'histoire du Barcarès continue avec la mission Racine, son architecte Candilis et l'arrivée de peuples originaires des régions au nord de la Catalogne et "colonisant" cette bande de sable jusque-là inhospitalière, située entre étang et mer...
Un village de pêcheurs résiste à la pression touristique et foncière : Jimbaran-Bali
coincés entre l'aéroport de Bali et ses 5 millions de touristes par an et les grands hôtels au bord de plage de sable blanc, les pêcheurs de Jimbaran ont conservé leur mode de vie et de pêche d'antan ; pour combien de temps encore ?